Louange d'une "pauvre " gamine



Louange d’une « pauvre » gamine

La maman adoptive d’une fille trisomique, aujourd’hui jeune adulte, nous a fait part de sa complète adhésion à ce texte, notamment concernant la mystérieuse présence spirituelle des personnes porteuses de ce syndrome. A ce propos, elle nous partage une récente petite « merveille » qui s’est déroulée dans leur village du Larzac.

« Une amie ayant perdu son mari l’a fait incinérer dans le Midi et elle a désiré rapatrier ses cendres dans le cimetière familial de notre village. Elle a invité ses connaissances pour l’inhumation de l’urne dans une tombe (un trou dans la terre préparé pour cela).

Nous étions donc tous rassemblés ; l’épouse du défunt a placé l’urne dans la terre ; sa fille a lu un petit texte, parlant de son père et chacun s’est avancé à tour de rôle pour jeter une poignée de terre sur l’urne (Aude m’a suivie et a fait comme tout le monde).

Nous allions nous séparer lorsqu’elle a manifesté le désir de retourner à la tombe ; j’ai demandé à l’épouse du défunt si elle permettait… Bien sûr que oui… Je dois ajouter qu’Aude ne parle pas, elle se fait comprendre par gestes et par des sons inarticulés et incompréhensibles… mais très forts et puissants !

Elle s’est avancée jusqu’à la tombe ; elle tournait le dos à l’assemblée… et alors elle a commencé à… « chanter » - si on peut dire - une espèce de complainte sauvage, primitive, on pourrait dire « archaïque »… C’était triste et en même temps très consolant (on ne comprenait rien bien sûr… mais on « ressentait »). Et puis elle s’est mise à écarter les bras en croix, toujours chantant, à se baisser en les rassemblant comme pour ramasser quelque chose de lourd, à les élever (comme si elle portait un poids) au-dessus de sa tête et à les ouvrir dans une sorte de geste d’offrande, ou d’envol… Je ne sais comment dire. Cela a duré quelques instants, très « pleins »…, fervents… puis elle a terminé par un grand signe de croix.

Elle s’est alors retournée vers l’assemblée, qui était médusée, dans le silence total… et la stupéfaction.

La famille s’est avancée vers elle, l’embrassant, la félicitant, les larmes aux yeux… Tout le monde avait été très ému…

On nous a alors invitées à venir prendre une boisson à la maison du défunt, Aude emmenée quasiment en triomphe !


Devant la table, tout le monde a bavardé et le beau-frère du défunt - un homme de 50 ans, superbe, sportif de haut niveau et très sympathique mais pas du tout croyant a déclaré à ma sœur : « on aurait dit qu’elle invitait le mort à s’élever vers les hauteurs ».

Ensuite on a demandé à Aude d’aller chercher sa flûte. Je dois vous dire que chaque jour elle vient au cimetière et improvise (car elle ne connaît pas la musique et est incapable de lire les notes) sur la tombe de son père et celle de ses grands-parents, des airs qui ne sont jamais les mêmes mais expriment ses états d’âme (sans doute) ou ses prières… C’est toujours très étonnant.

Donc nous avons eu, après l’inhumation, un petit concert pour la joie de tous.

J’ai oublié de vous dire un détail cocasse (enfin…?).
Devant la tombe, au cimetière, était assise la tante du défunt, 98 ans… Il y a 23 ans, lorsque j’ai adopté Aude, elle était « assistante sociale » et elle m’avait dit (comme le responsable de la DDASS de Nevers d’ailleurs) : « Un trisomique… tu veux adopter ça ? ».

Ce n’est évidemment pas tout à fait ce qu’auraient dit les Alingrin et Jean Vanier ?? Lors de cet évènement récent du cimetière, je me suis dit que ces « pauvres handicapés avaient sans doute la mission de nous apprendre beaucoup de choses… Quand on pense à ce qu’aurait été cette inhumation… (sympathique mais absolument VIDE…) sans cette « pauvre »… gamine !... »

Extrait du bulletin N° 88 automne/hiver 2018 de l'association Emmanuel de Montjoie : vous pouvez retrouver l'intégralité du bulletin sur le blog d'actualités de l'association en ligne sur le réseau du bocage vendéen , rubrique associations " Montjoie ESOSA"


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